L’accueil de l’étranger, qui dérange et interroge.

Lorsque des gens doivent fuir leur pays et les horreurs de la guerre pour pouvoir rester en vie, il est certain que ceux qui ont le bonheur de vivre en paix ont le devoir de les accueillir ; il y a une urgence qui ne souffre aucun retard.
Il est certain aussi qu’il faut bien assumer les questions posées par le nombre ; c’est une chose que d’accueillir une famille dans une ville ; c’en est une autre que d’en accueillir cent ou mille ou dix mille ; que faire quand il faut accueillir une population entière ? la France a connu cela déjà quand il a fallu héberger ces colonnes de réfugiés pendant l’Exode, en 1940 ; quand il a fallu accueillir ces bateaux remplis de « Pieds-noirs » et de « harkis » en 1962, qui avaient tout perdu. Aujourd’hui le drame se complique d’une composante culturelle : des gens qui n’ont pas la même religion, les mêmes traditions, la même langue que ceux qui les accueillent ; et donc aussi d’autres repères pour conduire leur vie ; vont-ils pouvoir, vont-ils vouloir, accepter les « valeurs » qui président à notre « Vivre ensemble » en France et en Europe ? C’est bien la question que pose la demande des Turcs d’entrer dans l’Europe : avons-nous les mêmes valeurs ? Depuis longtemps déjà en France, on voit que des « migrants » originaires des mêmes pays et formés à la même culture tendent à se rapprocher et à se constituer en quartiers homogènes, comme à Marseille, en bas de la Canebière, ou en région parisienne ; et on peut le comprendre. Mais jusqu’où peut-on pousser le caractère pluriel de notre société sans mettre en péril le « Vivre ensemble », et risquer des affrontements majeurs ? Je pense à la Bible ; avant Moïse, les Hébreux étaient devenus nombreux en Egypte, et refusaient de se fondre dans la société égyptienne de souche ; les pharaons ont craint cette nombreuse population étrangère et ont voulu s’en protéger en la réduisant en esclavage. A notre époque, on a présenté le Liban comme un modèle de société plurielle harmonieuse ; mais depuis quelques dizaines d’années, ce ne sont que des guerres meurtrières, et des haines accumulées. Et puis, allons-nous faire de ces gens des assistés permanents, ou des chômeurs, comme il y en a déjà tant ? Comment trouver du travail pour chaque famille, en période de « crise » ? Seront-ils une chance pour l’économie nationale, et pour les zones rurales que nous avons désertées, comme on l’entend dire ? Plein de questions qui peuvent fâcher, mais qu’on ne peut pas éluder !
En attendant, il faut bien accueillir ces gens, et qu’ils vivent ; ce sont des êtres humains, et non des bêtes ; ils sont nos frères en humanité. La Loi de Moïse et la foi dans le Christ nous y obligent. P. JClaude Lenain – 12 octobre 2015